Ancienne briqueterie de Grand-Manil
Historique, côté bâtis
À l’entrée de l’ancienne briqueterie de Grand-Manil, vous plongez dans un pan méconnu mais essentiel de l’histoire locale. Entre 1960 et 1995, ce site fut la seule briqueterie semi-industrielle de Gembloux, où l’argile du sous-sol était transformée en briques, tuiles et tuyaux en terre cuite, utilisés dans de nombreuses constructions de la région.
A Grand-Manil, la briqueterie était associée directement au site d’extraction, dénommé par la suite, ancienne argilière. Pour nécessité de réhabilitation de ce site, la société Tradecowall a réalisé la démolition de la briqueterie, la dépollution de son assise et le remblaiement complet des fosses d’extraction à l’exception de celle juste attenant au cours d’eau, le Poncia. La partie remblayée est couverte aujourd’hui par le premier parc photovoltaïque à Gembloux. Quant à l’extraction de l’argile , elle se poursuit juste à côté, dans le site de la nouvelle argilière, par la société Wienerberger dont le siège de transformation de l’argile en produits manufacturés se situe à Mouscron. (images du sites internet de la commune)
Implication de Natagora, côté nature
Les sites carriers offrent des opportunités de recréation de milieux ayant drastiquement disparus par l’activité humaine avec des conséquences importantes sur la faune et la flore qui leur sont liées. Il s’agit principalement d’habitats temporaires, naturellement remis à nu par les cours d’eau ou des éboulements naturels, comme des falaises, des gravières ou les plages alluvionnaires. Outre ces milieux exceptionnels, les carrières au milieu des déserts biologiques engendrés par l’activité agricole intensive de notre région constituent aussi une oasis primordiale pour une biodiversité plus ordinaire.
A l’époque de l’exploitation de l’ancienne argilière, les falaises sablonneuses étaient colonisées par l’hirondelle des rivages, une espèce dont les effectifs sont en chute libre, nombreuse abeilles solitaires dont la Collète lapin (photo). Les mares attiraient des nombreuses libellules (photos) et des oiseaux assez rares, appréciant les plages boueuses tel le Petit gravelot (photo). Enfin, les sols dénudés se colonisaient de plantes pionnières peu communes comme l’ophrys abeille (photo). Sa localisation juste à côté des sources du Poncia accueillant un assemblage unique de surfaces exceptionnelles de milieux humides rares à Gembloux (aulnaies marécageuses et alluviales, roselières, mégaphorbaies, magnocariçaies, jonchaies, thyphaies…) justifiait de conserver d’autant plus cet intérêt biologique, notamment par la poursuite de l’exploitation dans la nouvelle argilière et de faire évoluer cet intérêt sur une partie significative de l’ancienne argilière (carto ci-dessous).
A cette fin, Natagora a convaincu Tradecowall de modifier son programme de remblaiement qui consistait à remettre tout le site en son pristin état, en pente douce continue depuis la chausse de Charleroi jusqu’au Poncia. Natagora a suggéré un remblaiement à plat apportant un volume de remblai plus important, permettant d’épargner ainsi la partie basse de l’ancienne briqueterie et d’en confier la gestion à Natagora. Cerise sur la gâteau, Tradecowall a aussi accepté de réutiliser les matériaux de déconstruction de la briqueterie pour imiter un éboulis rocheux dans le grand talus à former pour à la fois assurer la tenue de ce talus et un refuge de qualité pour une faune et une flore rupicoles.
Depuis 1995, Natagora assure donc la gestion active et conjointe de la biodiversité des nouvelles et anciennes argilières à travers un suivi scientifique régulier, en prévenant, par une surveillance constante les agressions aux milieux sensibles, en éradiquant, au fur et à mesure de leur apparition, les espèces végétales invasives et plus particulièrement dans l’ancienne argilière, en ayant financé le creusement de petites mares et leur alimentation d’eau à la demande rendu possible avec un tuyau récupérant sous pression les eaux d’exhaure de la nouvelle argilière. Cet aménagement permet de soutenir une reproduction importantes de batraciens (photos). L’amélioration utile de la qualité biologique du grand plan d’eau nécessite encore des travaux importants de génie civil.
Pour le reste, Natagora a privilégié l’évolution spontanée de la recolonisation forestière du site en raison de sa situation fortement ombragée et son ambiance humide. Cette évolution gomme totalement les intérêts biologiques initiaux mais sans grave conséquence puisqu’ils peuvent continuer à se déployer dans la nouvelle argilière. Par contre, elle apporte de nouveaux intérêts comme le refuge à des espèces xylophages rares tel l’Aromie musqué (photo), une espèce intégralement protégée ou à des plantes de sous-bois peu communes à Gembloux telle la Petite Pyrole (photo).
Implication de la Commune de Gembloux, côté citoyenneté
Grâce à un subside de Région wallonne dédicacé à des aménagements d’espaces verts urbains visant la mitigation des effets des changements climatiques, la Commune a eu l’opportunité d’acquérir en 2025 le site de la Briqueterie et d’y aménager un parcours de détente et de découverte de la nature visant un public de proximité. Par cette action, non seulement, elle renforce le cadre de protection du patrimoine naturel du site, mais elle permet aussi de raviver la mémoire collective autour de l’activité de cette briqueterie dont les matériaux ont largement servi à la construction de nombreux immeubles de la région. Enfin, elle renforce le réseau des lieux d’éducation à la nature portés par des citoyens qu’elle soutient depuis des années sur le fil de l’Orneau, de l’Orée du bois (EN1) et les Sources de la Jette (EN2) à Grand-Leez en passant par le Pré al Peste à Sauvenière (EN3) , la maison de la nature à l’Escaille (EN4), les mares du hall sportif (EN5), les jardins d’Ekikrok à Bossière (EN6) et bientôt jusqu’à l’ancienne marbrerie à Mazy (EN7)