Nichoirs à rapaces en centre-ville (faucons pèlerin et crécerelle)
Immersion dans le nid des faucons
Pourquoi installer des nichoirs à rapaces dans le centre-ville ?
Le Nichoir à faucon pèlerin
Le Nichoir à faucon crécerelle (supprimé en 2020)
Déroulé d'une nidification de Pèlerins - Faits marquants 2024
Immersion dans le nid des faucons
C’est en mars 2019 qu’un nichoir à rapaces a été placé en haut du Beffroi. L’objectif était de favoriser l’espèce autrefois menacée et de lutter contre la prolifération des pigeons en centre-ville, en réintroduisant leur prédateur naturel. Un couple de faucons pèlerins s’est rapidement installé et des nichées de 2 à 3 fauconneaux sont observées chaque année depuis 2020, toutes suivies par l’Institut Royal des Sciences Naturelles de BELGIQUE. Une caméra, installée mi-janvier 2023 par la société CheapTchip (connue pour avoir développé les nichoirs-caméra du « Jardin extraordinaire »), permet de suivre la nidification (février-mars), le nourrissage (mars-avril) jusqu’à l’envol (avril-mai) des volatiles aux griffes acérées.
---> Vers le direct vidéo <---
Pourquoi installer des nichoirs à rapaces dans le centre-ville ?
Comme dans de nombreuses villes wallonnes, on peut observer sur les toits de Gembloux de nombreux pigeons qui ont élu domicile dans le centre-ville. Si l’on peut apprécier le vol agile de l’oiseau à la grise robe, celui-ci occasionne par ailleurs différentes nuisances, notamment par les salissures qu’il lâche au pied des façades. A Gembloux, ce sont plus de 300 pigeons qui sont dénombrés, lorsqu’ils se serrent les plumes, par temps froid, sur le faîte du toit de l’église abbatiale (comptage hiver 2017).
Pour tenter de réguler la population de pigeons, la Ville de Gembloux a installé, en 2016, un nichoir à faucons crécerelle sur le toit de l’église. Depuis lors, un couple de faucons crécerelle est régulièrement observé tournoyant au-dessus du centre-ville et y assurant un efficace travail d’effarouchement des pigeons. Mais les pigeons finissent par s’accommoder de ce chasseur en vol stationnaire au-dessus de leur tête, qui fond plus volontiers sur de petits rongeurs que sur les grises colombes.
En février 2019, à la faveur de belles journées ensoleillées dignes d’un printemps précoce, un faucon pèlerin est observé, à plusieurs reprises, se reposant sur la flèche du Beffroi. Plus gros que son cousin le crécerelle, le pèlerin inscrit plus volontiers, à son menu d’oiseaux de proie, quelques pigeons grassouillets. Le vorace est d’ailleurs pris en flagrant délit de ripaille, transportant un pigeon qu’il venait d’assommer en plein vol, et le trainant péniblement au sommet du clocher du Beffroi pour le becqueter.
Sollicité par le service Environnement de la Ville, un spécialiste « rapaces » de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique vient évaluer la situation. Les quelques photos prises de l’animal figurent bien un faucon pèlerin et les fientes qui immaculent le sommet du Beffroi sont caractéristiques du rapace au régime carné. Une visite de la flèche du Beffroi s’organise, qui prend des allures d’expédition au vu de l’enchainement d’escaliers, d’échelles de meunier ou de doubles échelles jetées d’une poutre à l’autre dans le ventre du géant de 30 mètres. Sous le bulbe, une plateforme extérieure de +- 2 m de diamètre constitue l’endroit idéal pour poser un nichoir pour le faucon pèlerin. Des restes de repas y sont d’ailleurs observés : plumes, pattes de pigeons, de corneilles, pelottes de réjection, …
Le projet de pose d’un nichoir se concrétise, entériné par une décision du Collège communal du 14 mars 2019, poursuivant différents objectifs :
- création d'un site de nidification favorisant le rapace qui était encore menacé il y a quelques décennies en Belgique (perte d'habitats et contaminations au DDT) ;
- sédentarisation du rapace pour tenter de réguler la population de pigeons en centre-ville d’une manière naturelle, découlant en une amélioration de la propreté des rues du centre ;
- développement d'un projet 'Nature en ville' susceptible d'intéresser grands et petits (écoles ?) ;
- regain d'intérêt pour le patrimoine bâti du centre.
Le Nichoir à faucon pèlerin
A l’état naturel, le faucon pèlerin niche sur des corniches perchées dans de hautes falaises. L’Oiseau ne construit pas de nid mais façonne quelques cuvettes dans les gravillons et matériaux en place pour y déposer ses œufs.
Le nichoir installé dans le beffroi de Gembloux consiste en un simple bac en métal rempli de gravillons, à l’instar d’une grande litière pour chat. Le bac fait 50 x 70 cm avec un rebord de +- 15cm. Ce dernier est découpé de manière irrégulière pour ne pas présenter trop de lignes artificielles, le tout étant ébarbé et adouci. Le choix du métal est important car le bac est posé sur une plateforme complètement recouverte de zinc. Afin d’éviter des phénomènes de corrosion entre les métaux (corrosion galvanique), le bac est construit en aluminium plutôt qu’en inox. Il est de plus isolé du bardage zinc par des patins en plastique pour éviter tout dommage au bâti. L’intérieur du bac est garni d’un paillasson en poils de coco que l’on recouvre sur toute la surface d’une généreuse couche de petits gravillons roulés (utilisés en aquariophilie). Le nichoir est sécurisé par un câble qui ceinture la poutre verticale de la charpente (poinçon), bien que de toute façon lesté par son poids (24 kg au total). L’ensemble est abrité de la pluie de par sa position sous le bulbe du Beffroi, le bac est néanmoins décentré vers le Sud-Est pour concilier la protection aux vents dominants et l’ensoleillement.
La pose du nichoir à faucon pèlerin sur le Beffroi a lieu le mercredi 27 mars 2019 matin. A l’aide de cordes, tout le matériel est hissé de poutre en poutre au cœur de la charpente jusqu’à la plateforme sommitale extérieure : le nichoir (4kg), 2 sacs de gravillons de 10 kg, un paillasson en coco, le matériel de fixation.
Un couple de pèlerins s’installe immédiatement dans le nichoir à peine installé, mais ils sont encore trop jeunes que pour avoir progéniture. Une première nichée de deux fauconneaux a lieu au printemps suivant, en 2020, mais passe totalement inaperçue, occultée par une pandémie qui focalise tous les esprits. Les deux jeunes, un mâle et une femelle, sont néanmoins bagués par un spécialiste rapaces de l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique pour bénéficier d'un suivi scientifique. En 2021, une nouvelle nichée a lieu, 3 jeunes fauconneaux, toutes des femelles. Elles sont également baguées et l'opération est couverte par un reportage de la télévision locale Canalzoom.
Le baguage des rapaces permet de surveiller l'état de santé des populations, leur dynamique de croissance partant d'une situation où l'espèce était en fort déclin dans les années 60. Ceci permet également de connaitre le parcours d'un individu au fil de ses observations. L'on sait ainsi que le mâle ayant progéniture en 2021, bagué A/X, est né en 2014 en haut d'une tour de refroidissement d'une centrale électrique près de Zelzate, au sein d'une nichée de 4 fauconneaux. La femelle-parent de 2021 à Gembloux n'a par contre pas de bague.
Ces deux nidifications confortent l'idée et le souhait de la Ville d'installer dans le futur une caméra pour suivre les prochains pouponnages au nid. Un support caméra est déjà fixé sur le nichoir depuis sa pose (tige métallique qui s’en écarte de biais). Les installations électriques du carillon serviront de précieux relais pour alimenter le tout.
Le Nichoir à faucon crécerelle (supprimé en 2020)
A l’état naturel, le faucon crécerelle ne construit pas de nid. Il investit d’anciens nids de corvidés ou les anfractuosités d’un vieil arbre à cavités ou d’une falaise.
Le nichoir, installé le 13 mai 2016 sur les toits de l’église de Gembloux, consistait en une boite en bois, fixée à un ventail de toiture, au niveau de la nef centrale, côté Sud-Est. Le nichoir était fixé à l’extérieur de la porte en bois si bien que l’on y accédait tout simplement en ouvrant la porte de l’intérieur, le nichoir pivotant alors vers les combles. La boite faisait 60 cm de large sur 50 cm de profondeur sur 50 cm de haut. La façade avant était fermée sur le tiers gauche pour recréer la cavité qu’affectionne l’oiseau. Le fond de la boite était tapissé d’un paillasson en poils de coco recouvert sur toute la surface d’une fine couche de petits gravillons roulés (utilisés en aquariophilie).
Le faucon crécerelle n'y a jamais niché, trouvant d'autres cuvettes plus appropriées du côté du parc d'Agro Bio-Tech juste de l'autre côté de l'église. Construit en panneaux multiplex, le nichoir a mal résité aux assauts du temps et a été enlevé au printemps 2020.
Déroulé d'une nidification de Pèlerins - Faits marquants 2024
Si l’on pouvait déjà admirer le vol acrobatique des rapaces tournoyant autour du Beffroi et intimidant les pigeons d’un « krèè krèè » éraillé, une caméra nous plonge désormais dans le quotidien de la petite famille.
Moments marquants 2024
Le couple de faucons pèlerins a été observé de façon régulière pendant tout l'hiver 2023-2024. La période hivernale est habituellement consacrée à la prospection des sites de nidification. Mais le nichoir installé en haut du beffroi convient tellement bien au couple qu'ils tiennent la place et se la réservent pour la prochaine nidification.Ce sont donc les mêmes adultes que l'an dernier. Les enfants ont été sevrés et sont partis à la recherche de leur propre territoire.
Au soir du 10 mars, le nid est toujours vide. Au matin du 11 mars, un oeuf est apparu. Le deuxième oeuf est pondu entre le 12 et le 13 mars. Les parents ne couvent pas de manière continue ces premiers oeufs. Ils les "laissent au frais" pour ralentir leur développement. Ce n'est qu'une fois que tous les oeufs sont pondus qu'ils sont couvés de façon continue. Une manière de synchroniser les éclosions et d'avoir des oisillons de même taille au nid et de même maturité à l'envol. Le troisième oeuf est pondu entre le 14 et le 15 mars. Mâle et femelle se relaient pour les couver, les laissant encore parfois quelques heures sans chaleur. Le quatrième oeuf est pondu entre le 16 et le 17 mars. Les parents sont alors beaucoup plus assidus à les couver. Les "relèves" entre mâle et femelle sont plus rapides, l'un attendant que l'autre arrive pour lui laisser la place. Un parent peut rester facilement 5-6 h sur les oeufs sans interruption
Les éclosions sont attendues une trentaine de jours après les dernières pontes soit à partir du 15 avril. La mauvaise météo les retarde sans doute un peu puisqu'au soir du 18 avril, les 4 oeufs sont toujours non-éclos.
Au matin du 19 avril, le mâle ramène une proie à la femelle qui quitte un instant le nid, laissant apparaître une petite boule de plumes blanches. A côté de ce petit être tout frêle, un autre œuf semble s'ouvrir en deux. La femelle commence à déchiqueter de fins morceaux de la proie, qu'elle dépose délicatement dans le petit bec qui se dresse en chancelant. Il n'y a pas de lait maternel chez les oiseaux, à quelques exceptions près chez les colombidés. La seule manière de les abreuver dès la sortie de l'oeuf est de leur donner de la viande bien fraîch
La configuration 2 oisillons/2 oeufs reste observable du 20 au 21 avril. NB : ils ne sont visibles que lors des rotations entre le mâle et la femelle ou lors du nourrisage. Le reste du temps, ils sont bien au chaud sous le duvet d'un parent. Hormis le dimanche 21 où la précieuse progéniture est laissée dans le froid, sans aucun parent, de 14h22 à 15h13, laissant craindre le pire pour les 2 oeufs restants.
Un troisième oisillon apparait au petit matin du 22 avril et le dernier oeuf est fendillé en son milieu (c'est le jeune qui brise sa coquille de l'intérieur, à l'aide d'une excroissance pointue de son bec, appelée diamant, qui disparaitra ensuite). Sur la capture d'écran de 06h22, on voit la femelle qui se dirige vers un reste de moineau mis au frais la veille. Elle s'en saisit et nourrit ses jeunes :
Un peu plus tard dans la matinée du 22 avril, le quatrième oeuf a éclos, deux demi-coquilles vides se devinent à l'arrière et à l'avant des 4 boules de plumes
3 semaines plus tard, les oisillons ont bien grandi et commencent à se déplacer. Au matin du 13 mai, l'un d'entre eux sort du bac-nichoir, il est temps de les baguer. La fenêtre pour baguer est étroite : trop tôt, la patte n'est pas assez développée.Trop tard, on prend le risque que le jeune saute dans le vide :
Les jeunes fauconneaux sont bagués le 13 mai. Il s'agit d'une démarche scientifique menée par l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique qui vise à surveiller la bonne dynamique des populations. Outre la pose de bagues aux pattes, l'intervention consiste à mesurer et peser les jeunes fauconneaux et prélever quelques plumes pour analyses toxicolgiques. On sait à présent qu'il y a 3 mâles et 1 femelle parmis les jeunes nés en haut du Beffroi.
Fin mai, les fauconneaux perdent leur duvet blanc au profit des rémiges. Les jeunes se blotissent la nuit pour se tenir au chaud, les parents "couvant" de moins en moins :
27 mai, les fauconneaux se réchauffent au soleil. La météo froide et pluvieuse de ce mois de mai a sans doute quelque peu retardé le développement des jeunes qui sont toujours au nid, au delà des trente jours habituels avant envol :
- Ils battent des ailes pour les muscler et éprouver les premières sensations de "vol". Ce sont à ce stade plutôt des bons amortis par la portance des ailes. On les voit notamment sauter de la plateforme vers les poutres en arc et inversément. Un jeune scrute la caméra pourtant immobile à ce moment-là. Peut-être est-il intrigué par les reflets dans le verre de l'optique :
28 mai en soirée, dernière image des 4 fauconneaux au nid :
Dans la soirée ou la nuit, un jeune "tombe" sur la partie basse du clocher (la chute est amortie par les premiers battements d'ailes). Il s'agit vraisemblablement de la jeune femelle. A une vingtaine de mètre du sol encore, elle est assez haute que pour être nourrie par les parents et retenter son envol.
Au matin du 29 mai, un second jeune tombe du nid mais se retrouve, lui, au sol du côté des Facultés. Outre le risque de prédation, notamment par les chats, la situation au sol ne permet pas au jeune de prendre son envol, ses ailes n'étant pas assez fortes. Et les parents n'iront pas le nourir si bas. Il est remonté au nid avec l'aide du CREAVES de Namur qui l'avait recueilli.
L'occasion de rappeler que si un jeune est découvert au sol, il vaut mieux appeler le service Environnement (081 626 340) ou l'Institut des Sciences Naturelles de Belgique (02 627 42 11) pour qu'ils se chargent de remonter l'oiseau au nid.
Le 30 mai sur le temps de midi, 1 jeune est retrouvé sur une toiture au début de la rue du Moulin, côté place de l'Orneau. Il est assez haut que pour ne pas être en danger et être nourri par les parents.
Peu après, un autre jeune réussi son envol pour aller s'accrocher à la flèche de l'église décannale voisine sous la surveillance d'un parent :
- Ce juvénile semble maitriser le vol car il revient au nid dans l'après-midi. Peut-être est-ce lui qui est observé, quelques heures plus tard, volant de façon maladroite autour du bulbe du clocher du beffroi, pour finalement y rentrer de façon très approximative. Il reste 2 jeunes au nid.
- En soirée du 30 mai, une vétérinaire trouve un des fauconneaux sautillant sur la place de l'Orneau. Sans doute celui qui était sur les toits de la rue du Moulin car il y a toujours 2 fauconneaux au nid et un troisième sur le coyau du clocher du beffroi. Elle le prend en charge en vérifiant au passage que l'animal n'est pas blessé. Il est remis le 31 matin sur une des toitures basses d'une maison jouxtant le beffroi :
L'après-midi du 31 mai, un jeune se lance dans le vide mais maitrise mal son vol, il se retrouve à mi-pente sur la partie intermédiaire du clocher au dessus des abat-sons. Il reste donc un jeune dans le nid (celui qui matrise le vol ?), un second à mi-pente des ardoises, un troisième en bas des ardoises (la femelle?) et un quatrième sur un toit plus bas, le compte est bon.
Ils battent régulièrement des ailes pour les dégourdir encore et se préparer pour leur envol. Encore quelques efforts avant d'accéder à la liberté du ciel et s'essayer aux vols en piqué à plus de 300 km/h.